(Aveugles)
par Ciifer le 27 sept. 1974, sous Textes
Mais que se passe-t-il autour de moi ?
Je traverse le chemin de la citée
Autrefois rue gavée comme une oie
Effrayante aujourd’hui par son immobilité.
Pourquoi n’y a t’il plus personne en ce lieu ?
J’entends même l’écho de mes pas sur le pavé froid,
Comme le rappel obsédant d’un cœur vieux
Qui bat peut être pour la dernière fois.
Il y a néanmoins, effleurées par la bise
Quelques âmes visibles et leur bâton blanc
Errant le long des bâtisses aux parois grises
Comme dans leurs souvenirs d’antan,
Puis, attendant en bord de goudron noir haché de blanc,
Qu un véhicule inexistant les laisse franchir
Le macadam fondu par l’été précédent
Pour traverser au signal retentir.
Il ne faut qu un instant pour comprendre
La maladie lente qui a contaminé
Les citées de ce monde et ses membres
D’une épidémie brune presque oubliée.
Alors, pardonnez nous messieurs non voyant,
D’avoir laisser venir l’invisible et son armée,
Jusqu’aux portes des villes, jusqu’à nos enfants,
Car nous l avons vu mais jamais regardé.
Nous nous sommes enfermés dans nos antres,
Emprisonnés volontaire par la peur de l’autre.
Nous ne nous voyons plus, nous ne nous parlons plus,
Nous ne nous touchons plus, du goût il n y a plus.
Tous perdus nos sens,
Sauf celui d’aller dans le sens
De celui qui nous dicte la direction à prendre
Comme un guide arrivé au bon moment pour nous rendre
Ce qu’ils nous ont pris avant, et nous montrer la voix
Qui nous fera fabriquer son monde, par ses choix.
Pardonner nous messieurs non voyant,
D’avoir laisser venir l’invisible et son armée,
Nous voyants prédicateurs de malheurs exaltants,
Laissé revenir encore une fois un terrible damné.
Nous avons fabriqué les outils de nos fosses communes,
Et creusé vide d espoir la terre d une liberté,
Jadis arraché à la haine par la raison commune,
Et de laisser faire le malheur dans ce monde hérité.
Autant responsable du futur, que redevable du passé,
Nous devons tirer leçons de l histoire sans doutes,
Plus qu’histoire de leçons, regardons en face les faits amassés,
Par les décennies tragiques qui jalonne notre route.
Pourquoi, chaque fois tout recommence,
L’homme comme animal devrait apprendre à force d expériences,
Ou l’animal homme a ce terrible instinct,
Qui le pousse inexorablement vers sa fin,
Alors d autre se lèveront, encore comme à chaque fois,
Pour délivrer les lâches qui diront, rengaine insupportable,
Qu’ils n avaient rien vu venir à par ce sauveur roi,
Qu’ils ne savaient pas, ils avaient juste été aveugles…